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La vie en Couleurs - HS n° 23 Inteview complète de Gilles Paris

Gilles Paris, l’auteur d’Autobiographie d’une Courgette nous a accordé une interview pour notre dernier magazine "La vie en couleurs"*. La voici dans son intégralité.

Il sait écrire les maux de l’enfance avec des mots pudiques et sincères. Il peut donner une autre vision de la vie, des adultes et du monde en seulement quatre romans. Rencontre intime et rare avec Gilles Paris, auteur d’Autobiographie d’une Courgette alors que le film de Claude Barras Ma vie de Courgette remporte un succès grandissant.

Propos recueillis par Virginie Rony

Mamie Pétille : Vous êtes un attaché de presse incontournable dans le milieu de l’édition. Vous avez également côtoyé le monde de la communication et des médias avant de fonder votre propre agence en 2006. En quoi consiste votre métier au quotidien ?

Gilles Paris : C’est un métier très changeant, un jour ne ressemble pas à l’autre en fait. Je suis beaucoup au téléphone pour mettre en place la promotion des livres que me confient des éditeurs, je réfléchis à la meilleure approche, j’envoie des centaines de mails, je dirige ma petite équipe de trois personnes et depuis que je suis à mon compte, je n’accompagne plus les auteurs en régie studio d’une radio ou d’une télévision, ni en province au cours d’un déplacement en salon ou en librairie. C’est Laurent Clerget à l’agence qui gère les accompagnements ou parfois mon assistant Raphaël Ranzenigo. Je prépare les listings de presse qui permettent d’envoyer les épreuves brochés des livres très en amont, puis les services de presse. J’essaye d’être méthodique, organisé et de savoir ce que je veux, le reste est une alchimie de chance, d’expérience et de désorganisation d’autrui ! La vie est ainsi faite, voici trente ans que ça dure, nous venons de défendre Harry Potter et l’Enfant Maudit, le 8ème Harry Potter qui nous a tous mis KO ! Mais franchement on s’est bien amusé aussi ! Je passe souvent au bureau le samedi, seule journée calme de la semaine où je réfléchis mieux, je prépare ma semaine à venir et celle de mes trois compagnons.

Mamie Pétille : Vous avez défendu les ouvrages de nombreux auteurs tels que Philippe Sollers, Nicole Avril, Karine Tuil, Jacques Vergès, Salman Rushdie, Jack Lang, Dominique de Villepin… Laquelle de ces personnalités vous a le plus marqué ? Avez-vous une / des anecdotes à nous confier ?

Gilles Paris : Indéniablement Salman Rushdie que j’ai défendu à huit reprises lorsque je dirigeais le service de presse de Plon. Je passais plus de temps place Beauvau qu’à mon bureau, les consignes de sécurité étaient très stricts, surtout après Les versets sataniques. Lors du lancement de Le dernier soupir du Maure, un cortège de huit voitures nous accompagnait où que nous allions (TV, radios, interviews de presse écrite, séance de photo etc). La voiture où nous étions Salman Rushdie et moi était blindée. Je n’ai pas eu peur. Je regrettais ce déploiement que je trouvais exagéré à l’époque. Cela privait l’auteur d’une certaine liberté et donnait, d’une certaine manière, raison à ses détracteurs.

Mamie Pétille : Aborde-t-on différemment le métier d’attaché de presse littéraire lorsque l’on est soi-même auteur ?

Gilles Paris : Oui, je pense. Je n’ai rien d’un stratège, même si je réfléchi. Je n’ai aucune fibre commerciale et je ne pense pas « nous » comme si j’appartenais à une maison. Je suis libre et indépendant de lancer les livres comme je l’entends. C’est une tâche difficile, parfois ingrate ou injuste, mais je vois cela comme une œuvre à accomplir. Je comprends le stress et l’angoisse des auteurs à l’approche du jugement des médias. Je les accompagne autant que je peux tout au long du lancement. Parfois j’échoue. C’est important de le dire. On peut toujours faire mieux. Cette pensée m’accompagne tout au long des lancements que j’accompli depuis 30 ans. Et je sépare ces deux activités d’une façon très schizophrène. Peu d’auteurs la partage avec moi.

Mamie Pétille : Comment êtes-vous passé de l’autre côté du miroir : d’attaché-de-presse à auteur ?

Gilles Paris : En fait c’est l’inverse. J’écris depuis l’âge de douze ans. Des nouvelles où je me mettais déjà dans la peau d’un enfant de neuf ans. Je n’avais aucune envie d’être attaché de presse ! La vie et le destin en ont décidé autrement.

Mamie Pétille : Avez-vous eu des parrains ? A qui avez-vous fait lire votre premier manuscrit ? Comment cela s’est-il passé ?

Gilles Paris : Je n’ai aucun parrain, des écrivains que j’aime et apprécie et devenus des amis depuis comme Tatiana de Rosnay et Janine Boissard à qui je fais lire parfois mes manuscrits. Le seul parrain que je reconnais est la vie que j’ai vécue. J’ai montré mes nouvelles à l’époque où j’étais attaché de presse chez Jean-Claude Lattès à Malcy Ozannat l’éditrice entre autres de Jean d’Ormesson qui m’a fait rencontrer Jean-Marc Roberts. J’étais impressionné, l’éditeur et écrivain m’a apprivoisé comme le renard et le Petit Prince et en un an, j’ai pu écrire Papa et maman sont morts. J’ai été publié directement en poche (collection Point-Virgule), une chance pour un premier roman mis en librairie avec un tirage de quinze mille exemplaires.

Mamie Pétille : Avant de publier en 1991 "Papa et maman sont mort" aviez-vous écrit d’autres textes ?

Gilles Paris : Pas de roman, mais pas loin d’une centaine de nouvelles.

Mamie Pétille : Pourquoi aborder des drames humains à travers le regard et le langage d’un enfant ?

Gilles Paris : Parce qu’un enfant de neuf ans ne juge pas, il essaye de comprendre. Une belle définition de la tolérance, non ? Tout peut passer sous le regard d’un enfant, encore plus aujourd’hui. Ils sont évolués et savent déjà presque tout !

Mamie Pétille : Vous n’êtes donc pas, de ce point de vue, ce que l’on appelle un "auteur jeunesse" ?

Gilles Paris : Pas vraiment. J’ai toujours écrit pour adultes. Quand j’ai publié L’été des lucioles, plusieurs libraires m’ont dit que j’aurais pu tout aussi bien paraître sous la bannière d’un éditeur jeunesse. J’ai pas mal d’enfants et d’adolescents qui me lisent. Je les rencontre dans les librairies, les salons, ou les classes où je vais parfois. Plusieurs adolescents, ou leurs parents, m’ont dit que je leur redonnais gout à la lecture. Quel plus beau compliment pourrais-je recevoir ?

Mamie Pétille : Dans tous vos romans vous abordez sans noirceur des thèmes forts ( la maladie, la mort, les conflits parentaux…) . Y a-t-il une part autobiographique ?

Gilles Paris : Oui bien sûr. Tous les romanciers puisent dans leur propre vie. Les mots sont des pansements pour atténuer les blessures. En ce qui me concerne, je ne m’en rends pas compte en écrivant mes livres. Plutôt en les relisant quand je les travaille. L’abandon, le manque d’amour, la peur de la mort, je suis très concerné par ces thèmes.

Mamie Pétille : Existe-t-il pour vous des sujets tabous ?

Gilles Paris : Non, pas vraiment. J’ai abordé le thème de l’inceste entre un frère et une sœur dans Papa et maman sont morts, du point de vue de l’innocence (personne ne leur a jamais dit que ce qu’ils faisaient était mal), l’amour entre deux femmes dans L’été des lucioles (une parenthèse enchantée). Je suppose qu’il y a des thèmes que je ne pourrais pas rendre beau ou innocent, alors je n’y pense même pas.

Mamie Pétille : Malgré leurs chagrins, leurs questionnements ou leurs errances, vos personnages ne sombrent jamais. Ils surmontent leur drame. Ils parviennent à trouver leur voie et à ressentir un apaisement. L’émerveillement, l’insouciance, l’optimisme, les paradoxes enfantins ce sont ceux-là vos principaux sujets de réflexion, non ?

Gilles Paris : Oui et je les partage. La vie n’est pas toujours une partie de plaisir. Il faut savoir surmonter les épreuves pour se sentir vivant. Baisser les bras en fait partie. Personne, hélas, n’est superman. Ce n’est pas facile de rester optimiste dans le monde qui nous entoure. Il faut savoir se protéger du monde parfois. Cesser les réseaux sociaux, disparaître pour mieux revenir. La vie est un combat permanent. Les moments de bonheur trop passagers. Regarder le monde comme je le fais depuis que je suis né, m’aide à surmonter mes frayeurs. Parfois je le paye au prix fort. Mais je n’ai jamais regretté quoi que ce soit.

Mamie Pétille : Dans "Autobiographie d’une Courgette", vous racontez l’histoire d’Icare surnommé aussi Courgette. Ce petit garçon de 9 ans est placé dans une maison d’accueil, car il a tué accidentellement sa mère. L’action du livre se déroule dans un foyer. Comment avez-vous abordé ce sujet et comment vous êtes-vous documenté ?

Gilles Paris : Au départ, il s’agit d’une nouvelle écrite à l’âge de quatorze ans Icare et Camille. J’y abordais surtout l’abandon et l’attachement entre deux enfants. Quand j’ai décidé d’en faire un roman, je me suis rendu compte que je ne connaissais rien aux maisons d’accueil. Il me fallait en savoir davantage pour être crédible. J’ai rencontré un juge pour enfant qui m’a appris beaucoup sur ces enfants qui tuent par accident. On les nomme « incapables mineurs ». Un collier lourd à porter. Je suis allé dans une maison d’accueil, Les Pressoirs du Roy que je ne remercierais jamais assez. J’ai passé du temps avec la directrice de cette institution exceptionnelle, avec les éducateurs, avec les enfants, la psychologue, l’instituteur du village. J’ai été journaliste, je suis curieux, j’ai posé toutes sortes de questions. J’aurais pu rester dix ans, cela n’aurait pas suffi. Mais pour le romancier que je suis j’ai pu commencer à écrire entre deux visites et je me suis nourri de toutes les réponses et aussi des silences.

Mamie Pétille : Il s’agit de votre second roman, sorti en 2002 puis réédité en 2013. Il a touché de nombreux lecteurs. Comment l’avez-vous vécu ?

Gilles Paris : Comme un porte bonheur. Souvent les romanciers sont les écrivains d’un seul roman qui les suit tout au long de leur carrière. Ils tentent de s’en échapper, de faire « mieux ». Mais les lecteurs les ramènent à ce livre phare. En 2013 la collection Etonnants Classiques a accepté Autobiographie d’une Courgette et le livre est entré dans les écoles de France. C’est génial tout ce qui arrive à ce livre, et par ricochet à moi…

Mamie Pétille : "Autobiographie d’une Courgette" a également ému des réalisateurs. Il été adapté une première fois en 2007 pour la télévision par Luc Béraud sous le titre "C’est mieux la vie quand on est grand" avec Daniel Rousseau dans le rôle du gendarme. A son tour Claude Barras (qui avoue avoir eu "un véritable coup de foudre" pour votre histoire) a souhaité le porter à l’écran. Ainsi est né "Ma vie de Courgette", actuellement au cinéma. Quels ont été respectivement vos rôles dans ces adaptations cinématographiques ?

Gilles Paris : Je n’ai eu aucun rôle dans ces adaptations. J’adore qu’on s’empare de mes univers. Je suppose que Luc Béraud, tout comme Claude Barras avaient des raisons tout à fait personnelles de les adapter. Ce qui est légitime. Je n’ai pas du tout envie de m’en mêler. Je n’en ai ni le temps, ni l’envie. C’est vrai que j’ai eu de la chance et que cela a donné deux adaptations très différentes. Je les aime toutes les deux, même si j’ai une préférence pour celle de Claude Barras qui est un bijou rare, serti d’émotions pures.

Mamie Pétille : Qu’avez-vous ressenti la première fois que vous avez vu le film ?

Gilles Paris : J’ai vu le film de Claude Barras en avril. Je me suis recroquevillé dans mon fauteuil comme un gamin, j’ai ri et j’ai pleuré. (Je pleure très facilement en regardant un film)

Mamie Pétille : Est-ce que d’autres romans vont faire l’objet d’une adaptation ?

Gilles Paris : J’espère qu’avec l’accueil et le succès de Ma vie de Courgette, certains producteurs vont s’intéresser à mes livres. Le langage de l’enfant est très imagé, et je pense que mes romans comme Au pays des kangourous et L’été des lucioles sont tout à fait adaptables. Je me fie à mon instinct, on verra bien !

Mamie Pétille : Vous écrivez en ce moment ? En avez-vous terminé avec l’enfance ?

Gilles Paris : Je viens de finir un nouveau roman Le vertige des falaises qui paraitra début avril 2017 chez Plon. Il est très différent de mes autres livres, mais j’y garde la poésie et le romanesque. Ce n’est plus un enfant qui s’exprime, mais une adolescente très rebelle, un peu peste, dans un univers très hitchcockien. Mais je n’en ai certainement pas fini avec l’enfance. Je sais que j’y reviendrais.

Gilles Paris © Sophie Daret
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