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Christophe Mourthé - L’homme qui aimait les jouets (Archives )


En décembre 2015, nous avions consacré un article à Christophe Mourthé photographe et collectionneur d’objets, symboles de l’âge d’or de l’ORTF. Voici l’article que nous lui avions consacré en décembre 2015. Il est égalmeent à (re) lire dans notre HS n° 21 "Nos super héros".

Christophe Mourthé est photographe. Il est aussi un collectionneur passionné fasciné par les héros de son enfance, ceux de l’âge d’or de l’ORTF jusqu’à l’arrivée de Casimir et de Goldorak.

Ses maîtres sont plutôt Zeffirelli, Peter Brook, Peter Stein, Frederico Fellini, que Newton ou Doisneau. Christophe Mourthé, photographe, réalisateur et directeur artistique depuis 1979 assume ses différences. A l’instar de Mugler, Gaultier, Ardisson ou Pierre et Gilles, il va lui aussi vivre intensément les années Palace. Il a 19 ans. Cette époque bouleversera sa vie et son œuvre. Précurseur de l’école des « fétichistes », collaborateur de Lui et Vogue, photographe de Gérard de Villiers et de campagnes pour Dim et Rosy, engagé par les très sérieuses agences de presse Sygma et Sipa, il portraitise Nougaro, Higelin, Jean Marais et Micheline Dax. Christophe Mourthé se fixe peu de limites. L’essentiel est que le travail soit réalisé avec intelligence. Au début des années 80, il impose rapidement son style à travers sa saisissante série Les Casanovas qu’il crée avec l’excellent maquilleur et coiffeur Denis Menendez. C’est aussi lui qui imagine Bigard en « Penseur » de Rodin et Arielle Dombasle en Statue de la Liberté. C’est toujours lui qui propose à Mylène Farmer de porter ce fameux roux flamboyant. Les stars l’adorent, de Lio à Patricia Kaas, de Ute Lemper à Dita Von Tees. Ses clichés ont fait le tour de la planète. Il suffit de se balader pour la toile : impossible de ne pas avoir vu au moins une fois l’un de ses clichés.

Culture cathodique

Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que Christophe Mourthé est un fan inconditionnel des héros de l’ORTF et un collectionneur boulimique de cette période. Dans son livre Mes héros de quand j’étais p’tit, il revient sur ces icônes qui l’ont fait rêver dans les années 60. « Je fais partie des privilégiés qui ont eu très tôt un poste de télévision. Mon père travaillait à la RTF puis à l’ORTF et nous en avions un à titre gracieux ». Le môme se colle devant la petite lucarne. Il n’a plus qu’une religion et elle est cathodique. Il se passionne pour Ivanhoé et Rintintin qui arrivent en France dès 1959 et qui le fascinent. Les années 60 apportent leurs séries de héros mythiques à commencer par Poly (1961) et plus tard Belle et Sébastien (1965). Il aimerait tant, comme le jeune Mehdi vivre ces belles histoires. En attendant, il faut dormir. Il « rêve en couleurs » avec Bonne nuit les petits (dès 1962). Les héros en cette année 1963 se nomment Josh Randall (Steve Mc Queen) dans Au nom de la Loi et Thierry la Fronde (Jean-Claude Drouot). Cette sorte de Robin Hood très frenchy le captive même si, à partir de 1965 Zorro ne laisse plus beaucoup de place aux autres. Zorro est « le meilleur, le plus rusé, le plus beau ». Le vengeur masqué fascinera beaucoup moins madame Mourthé qui s’arrache les cheveux en trouvant partout dans la maison des « Z » écrits au stylo...

Les héros d’une enfance

Que de moments fascinants ! De La Poupée Claire (1961), à Minuzup et Matouvu (1962), de Saturnin au Manège Enchanté (1964), de Kiri le Clown à Daktari (1966) de La Maison de Toutou àTitus le petit lion (1967), aux Shadoks (1968), l’époque est au divertissement et à l’éclectisme. « Je ne comprenait rien aux Shadoks. Ce qui était amusant, c’est que Claude Piéplu était un ami de mon père. Il téléphonait parfois à la maison. Je lui disais : un Shadok au téléphone pour toi Papa » ! Il trouve tout aussi surprenantes ces filles qui se prénomment Samantha, Catwoman et Emma Peel et qui se baladent dans Ma Sorcière bien aimée (1964), Batman (1965) et Chapeau Melon et Bottes de Cuir (1967)... L’enfance passe hélas bien vite. Impossible d’oublier de tels héros ! Il faudra, un jour, les retrouver tous. C’est juré ! Ils sont si précieux les héros d’une enfance.

Des dizaines d’objets

Le photographe s’est constitué une collection unique et impressionnante de produits dérivés, de livres, de jouets, d’affiches, de films, de costumes, de poupées, d’objets publicitaires, de documents représentant les héros de son enfance mais aussi ceux des années 70 jusqu’à l’arrivée de Goldorak et de Casimir. Christophe Mourthé les adopte tous, des figurines de Zig et Puce et du pingouin Alfred datant de la fin des années 20 au costume porté par Guy Williams lorsqu’il apparaît en Diego de la Vega dans le Zorro de Disney, sans oublier l’un des costumes de scène de Claude François. « A chaque fois que je tombe sur un objet, je me dis que je trouverai bien une place à la maison » sourit-il. Christophe Mourthé est un type attachant. Avec toutes ses histoires de Shadoks, de Zorro, de Catwoman, il nous embarque sur un bateau imaginaire. Il nous trimballe dans un Arizona rêvé. Il nous émeut. Il nous plonge dans tellement de souvenirs communs. « Nous faisons nos propres héros. Nous décidons lesquels nous font rêver ou pleurer, chacun avec nos convictions et nos passions ». Il est loin, le temps où il était Lagardère, protégeant sa sœur des méchants. Mais il a réussi le tour de force de faire de cette arche qu’est l’enfance un paradis qui n’est pas perdu. 1500 de ces objets ont été confiés au Musée de la Poupée de Paris. Il faut s’y rendre d’urgence. Les Héros de l’ORTF, attendent qu’on leur rende l’hommage qu’ils méritent.

Christophe Mourthé © Fabien Caron - Rep. Interdite

Couverture de notre Hors-série 21. A relire sans modération. © Christophe Mourthé - Graphisme : Thierry Vasseur. Rep. Interdite.

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